Nathalie De Zan, une photographe plasticienne toulousaine
à New York


Originaire de Toulouse, Nathalie De Zan est aujourd’hui installée près de New York. En parallèle de son métier dans le domaine du vin, elle développe une activité de photographe plasticienne.

 

Née à Toulouse, Nathalie De Zan est artiste auteure multimédias depuis 2011. Etudes à Toulouse, master création numérique à l’Université Jean Jaurès.  Elle fait un stage déterminant au Collège de France, avec le photographe Patrick Imbert.
Aujourd’hui, son domaine de prédilection reste la photographie, mais elle utilise dans son travail d’autres médiums pour arriver à ses fins esthétiques : vidéo, pâte à modeler, graphisme, musique, scénographie, création de vêtement, origami …
Aujourd’hui, l’artiste travaille avec plusieurs galeries, toutes outre-Atlantique: “Cela devient compliqué de travailler sur les deux continents pour des raisons pratiques, explique Nathalie de Zan: je fais des tirages sur aluminium avec un verre collé à la surface, en grand format. Tout cela est fragile, lourd et encombrant. Cela rend le transport très onéreux et un peu dissuasif”. Chaque oeuvre est tirée entre 3 et 5 pièces.
En parallèle, l’artiste travaille avec un designer à Paris pour lequel elle fait des motifs spécifiques qui sont déclinés sur toute une gamme d’objets ou de vêtements, notamment des robes.

PRESENTATION DE SON TRAVAIL SUR LE SITE ARTISTES OCCITANIE
Des femmes au coeur d’un théâtre de l’absurde

Photo ou peinture? Nathalie De Zan a trouvé une technique qui colle parfaitement à ce qu’elle représente: des scènes rêvées, fantasmées où il est bien difficile de dire si la femme est provocatrice ou simplement en représentation, si cet univers est léger ou s’il cache un théâtre de l’absurde qui a envahi nos vies. Dans ses thèmes comme dans ses techniques, Nathalie DE Zan aime brouiller les codes.

Les lèvres de la femme allongée sont rouges carmins, mais les tubes de rouges à lèvres ont décidé que cela ne suffisait pas: ils attaquent!

Et la femme, dont le contour des yeux semble déjà atteint par l’effroi, si l’on en croit les rougeurs présentes, n’a plus qu’à se protéger de ses deux mains.
Il s’agit bien d’un affrontement, mais qui reste dans un univers pop qui dédramatise un peu le sujet. Oui, un affrontememnt, mais qui se fait avec  un objet anodin sur une femme qui a l’air de flotter dans les airs. On a vu pire. L’oeuvre se situe clairement dans quelque chose de l’ordre du rêve, du fantasme, ce que l’artiste admet volontiers.
Cette oeuvre, L’attaque des rouges à lèvres, est emblématique du travail de la photographe plasticienne Nathalie De Zan, une Toulousaine qui a choisi de s’installer à New York il y a six ans.
Le thème d’abord: la femme, thème quasi-unique de cette artiste, qui met en scène son personnage féminin, simple ou en double dans quasiment toutes ses oeuvres.
L’univers ensuite: on est loin de tout réalisme. “Je travaille beaucoup par rapport aux rêves. Des rêves qui me donnent des idées, qui aboutissent à des crayonnés et de ces crayonnés germent des oeuvres”.
Dans cet univers, le modèle: “Le point de départ est simple: je suis mon propre modèle. Au départ pour des raisons pratiques. Je me prends en photos, je me change, je me déguise, je mets des perruques. Aujourd’hui, le pli est pris, et j’y trouve des avantages: le fait d’être à la fois le modèle et l’artiste me permet d’avoir un “matériau corps” accessible”. 

Et enfin la technique: un modèle sur un fond coloré, une photo profondément redessinée, des aplats de couleur, une technique de prise de vue qui aplatit les volumes, pas d’ombre, et un jeu entre le personnage et des objets insolites, dans le but de raconter une histoire, un conte..
Nathalie De Zan aime quand la personne qui regarde l’oeuvre s’interroge: c’est de la photo? c’est de la peinture? On est ici dans un entre-deux ou l’artiste se prend en photo avec des techniques sophistiquées qui visent à gommer tout ce qu’un photographe recherche habituellement (l’ombre qui sculpte les formes), et qui réintervient ensuite avec les outils numériques comme un peintre avec son pinceau.  “J’enlève les aspérités de peau, je redessine les veines, je reprends les cheveux parfois un par un. Tout cela pour créer quelque chose de très pictural”. 

L’univers de l’artiste est ainsi fait de scénettes acidulées dans des aplats de couleurs souvent tranchées: “Cela m’est venu après un voyage au Japon, ou j’ai été frappée par les couleurs, les lignes, notamment dans les estampes. C’est vrai que j’essaie de tendre vers ça. Mais en même temps, j’aime les techniques de la photo à la chambre, alors cela m’arrive parfois de rajouter du flou comme dans les photos anciennes.”
Dans cet univers coloré et théâtral, l’artiste joue avec les codes: l’érotisme d’une femme très fardée disparaît dans un univers en deux dimensions; le côté provocateur de certaines poses l’est beaucoup moins dans cet environnement où l’artifice est de toute façon revendiqué; Mais ces deux données -érotisme et provocation- sont bien là et le titre, sorte de mini conte absurde, donne des indications sur les enjeux de l’histoire qui nous est contée.

Les objets perdent leur fonction: la plante carnivore ne fait peur à personne, le sac à main abrite des tentacules, les lutteuses pourraient faire impression si elles n’étaient perchées sur des talons aiguilles incongrus dans cette situation.

Depuis qu’elle est aux Etats-Unis, l’artiste a trouvé le lieu qui lui semble en phase avec son travail: “Je ne devais rester que quelques mois, mais j’ai décidé d’y rester. New York est une ville fascinante, où on peut voir des expositions étonnantes et où on est sans cesse nourri d’images incroyables”.
Résultat, elle s’autorise aujourd’hui sans doute plus de choses que six ans en arrière et le côté graphique de ses oeuvres est sans doute plus affirmé. Dans l’attaque des rouges à lèvres, elle a rougi le tour des yeux (la frayeur se lit à travers la rougeur des yeux), et dans Flying trapeze in open heart, l’artiste a réalisé un travail sur la perspective et le mouvementl.
Avec un peu de recul, on peut aussi dire que cette œuvre qui montre deux trapézistes est encore plus loufoque que les autres: cette scène, la première qu’elle a réalisée à son arrivée à New York porte sur … une réception ratée, alors même que son arrivée dans cette ville signe au contraire un nouveau chapitre de son existence.

Ce “Trapèze volant” permet également d’aborder une autre caractéristique du travail de l’artiste: le double. Il y a deux femmes sur deux trapèzes, il y a parfois deux lutteuses, ou deux femmes en passe d’être transformées en plantes carnivores.
Sans tout ramener à l’existant, il est intéressant de noter que l’artiste a une sœur jumelle et que ce thème de la gémellité la fascine. “Je discute souvent avec elle de mon travail, je lui demande son avis”.
Mais ce double, quand il intervient,  s’intègre parfaitement au travail de l’artiste en restant dans un dialogue léger avec l’autre. Pas de tension particulière, on reste dans l’insouciance, dans une façon de voir le monde résolument insolite et loufoque, dans une fausse naïveté. “Cela ne veut évidemment pas dire que je n’ai pas conscience de tout ce que la période actuelle a de tragique. Mais cela donne encore plus de pertinence à ce travail qui offre quelque chose de totalement décalé par rapport à la réalité”.
Un contre-point au cortège d’angoisses et d’inquiétudes que le monde peut par ailleurs générer.

 

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