NOS ADHÉRENTS PRENNENT LA PAROLE : Anne-Lise Pic-Thoorens

“Pour un Français, le choix de Montréal est assez simple à faire”

D’origine 100% cévenole, Anne-Lise Pic-Thoorens est présente depuis six ans avec son mari et ses deux filles à Montréal. Retour sur une intégration réussie.

Marion escoffier

Qu’est-ce qui vous a motivé à venir vous installer à Montréal?

Je suis arrivée avec mon conjoint et mes deux filles. Au départ, c’est mon mari qui a eu cette opportunité professionnelle avec un employeur d’ici mais c’est devenu une aventure familiale. Comme nous habitions alors Paris et que nous sommes en fait tous deux des amoureux de la nature, de l’international et du multiculturel, on a franchi le pas. Rien de bien original: le Québec a vraiment une belle image chez les Français, et l’atout nature en fait pencher plus d’un! En d’autres termes, on peut dire que le choix de Montréal est assez simple à faire: Montréal est une grande ville, bilingue, internationale, ouverte sur le monde et différentes cultures ce qui était très important pour l’éducation de nos filles, tout en ayant les avantages d’une ville de taille raisonnable.
Depuis que vous êtes à Montréal, quel lien gardez-vous avec la France?
Nous ne sommes pas rentrés souvent, mais pour deux raisons principales: en tant que salarié d’une entreprise québécoise, on a peu de vacances. Et puis le Covid est venu évidemment compliquer les choses.
Mais nous gardons tous les deux, mon mari et moi, des attaches fortes avec nos régions d’origine, les Flandres françaises pour lui, les Cévennes pour moi. Ce qui est étonnant, c’est que ces racines identitaires “ressortent” de temps à autre maintenant que nous sommes loin, sans doute le fait de vivre loin nous ramène à faire une introspection et à ce qui est ancré de plus profond en nous.

Comment s’est passée votre transition professionnelle?

En France, j’ai travaillé dans l’assurance de personnes, pour différentes sociétés, que ce soit des groupes mutualistes, des assureurs privés ou encore des bancassureurs. J’ai une double compétence : le marketing et la gestion du changement.

Je suis arrivée au Canada à plus de 40 ans, , donc une carrière bien entamée, et cela n’a pas été si simple de faire comprendre mon expérience, mais pas non plus dramatique: en clair, j’ai mis 9 mois à trouver un travail qui me correspond. C’est une expérience de vie unique qui amène à faire un bilan de ce que l’on sait faire, de ce que l’on aime faire, de ce que l’on est prêt à faire… ou pas. Je suis rentrée dans la “coopérative financière” Desjardins, l’un des principaux employeurs privés du Québec, un groupe qui offre à la fois des services bancaires et de l’assurance.
«Ma première job» consistait à accompagner la transformation numérique du Mouvement Desjardins, et puis, j’ai été prise par ce qui arrive souvent au Canada: le marché est très fluide et vous changez de poste très facilement. Je crois bien que j’en suis à mon cinquième poste en cinq ans! En gros, je ne suis jamais restée plus d’un an et demi dans les mêmes fonctions, ce qui m’a permis de revenir à mes premières amours : l’assurance de personnes.

En dehors de votre vie professionnelle, vous vous êtes investie dans le secteur associatif. Qu’est-ce que cela vous apporte?

Le Canada peut être fabuleux, mais il faut être conscient que l’on arrive sur un nouveau continent, avec une culture très différente et des références autres. Chercher un emploi est donc parfois un vrai défi même si la pénurie de main d’œuvre actuelle facilite les choses. Ayant fait une formation en gestion du changement quelques années plus tôt, j’ai donc proposé mon aide dans une association qui s’appelle Montréal Accueil. J’accompagne depuis six ans, avec une collègue spécialisée en ressources humaines, des gens de tous horizons qui cherchent un premier travail, avec des choses très simples: rédiger son cv, réseauter, passer une entrevue, etc.

Face à des histoires très variées comme celles de réfugiés de guerre, on se sent parfois tout petit et très chanceux de venir de là où l’on vient.

Et depuis l’an dernier, je me suis également investie sur le sujet de l’accueil des nouveaux venus mais cette fois-ci au sein de mon entreprise. Je me suis demandée comment mon employeur, Desjardins, pouvait encore mieux accueillir les immigrants et les «gestionnaires» qui les recrutent (lire ici managers en français de France). 

Je me suis rendue compte que, pour toute entreprise, la question est importante actuellement dans un contexte où la main d’œuvre se fait rare: si elle fait venir des gens de l’étranger, c’est son devoir de s’assurer qu’ils s’intègrent durablement et s’épanouissent dans leur travail. Personne n’a rien à gagner à ce qu’ils repartent quelques mois ou un an après leur arrivée.

Desjardins avait déjà un centre d’accueil des immigrants, qui aide notamment les nouveaux venus dans leur démarche administrative. La démarche de design thinking que nous avons initiée avec plusieurs collègues (canadiens ou d’origine étrangère) vise à aller plus loin : nous souhaitons les aider sur des aspects de reconnaissance de leur parcours et formations, de développement personnel et sur les notions d’interculturalité.

Et pour vos filles, l’intégration a-t-elle posé quelques difficultés?
Non, je pense que cela a été une vraie réussite: elles ont toutes les deux été dans un collège qui compte plus d’une cinquantaine de nationalités. Ma fille cadette est encore dans le secondaire, mais ma fille aînée, qui est arrivée à l’âge de 14 ans, est maintenant à l’université de Montréal en design d’intérieur, le terme québécois correspondant à l’architecture d’intérieur en France. C’était son rêve depuis des années. Et en septembre, elle retourne pour un trimestre en France car elle profite d’un échange existant entre son université et l’école Camondo à Paris!
C’est aussi l’un des intérêts du Québec: : des opportunités incroyables pour nos enfants et des liens privilégiés avec la France.

Share This