Étudiants ou jeunes diplômés en partance pour l’international ?
Votre agilité culturelle est la clé de votre succès à l’étranger.
Vous avez bouclé vos valises, obtenu votre visa et décroché ce stage rêvé, un V.I.E ou une première mission au bout du monde. Mais êtes-vous réellement prêts pour ce qui vous attend ? Après seize ans comme consultante en interculturel dont sept années passées à la tête de Racines Sud Montréal, j’ai eu le plaisir d’accompagner de nombreux jeunes talents d’Occitanie dans leur intégration internationale. Mon constat est sans appel : la réussite de votre expatriation ne dépendra pas uniquement de vos compétences professionnelles. Votre capacité à décoder l’invisible sera votre sésame.
Vous partez à l’étranger, bravo. C’est une promesse d’aventure et d’apprentissage hors du commun qui va changer votre vie. Pourtant, derrière l’enthousiasme des premiers jours, une réalité plus subtile s’installe. En tant qu’experte en interculturel, je vois souvent des jeunes se heurter à des obstacles qu’ils n’avaient pas anticipés. Pourquoi ? Parce que le plus grand défi de l’expatrié est de naviguer dans que l’on peut appeler « l’angle mort culturel ».
Le piège de ce que nous ne savons pas… que nous ignorons.
Le véritable enjeu de l’interculturel réside dans une vérité parfois déstabilisante : nous ne savons pas ce que nous ignorons. Nous arrivons tous avec un bagage de codes inconscients, façonnés par notre éducation, notre histoire et notre culture d’origine. Pour vous, jeunes d’Occitanie, la franchise, la convivialité ou le débat d’idées sont des évidences. Mais ailleurs, ces mêmes comportements pourraient être perçus comme de l’arrogance ou une intrusion par exemple.
Un des pièges est de croire que la maîtrise de la langue suffit à la compréhension. C’est particulièrement vrai pour ceux d’entre vous qui partent dans certains pays d’Afrique, au Québec, en Belgique ou en Suisse : parler la même langue ne signifie pas parler de la même chose. Un mot identique peut porter une intention radicalement différente selon le contexte culturel. Si vous ne possédez pas les clés de lecture des codes implicites, vous risquez de passer à côté de l’essentiel et ce malgré vos meilleures intentions.
L’art de l’équilibre, entre engagement et humilité
Pour réussir votre intégration, vous allez devoir jongler avec deux postures qui semblent parfois antagonistes, mais qui sont pourtant indissociables.
D’un côté, il vous faudra un engagement total. Sortir de votre zone de confort est un impératif. La première étape est de consolider votre mindset et vos bases de sécurité. Puis oser aller vers les locaux, accepter des invitations inhabituelles et ne pas vous enfermer dans l’entre-soi rassurant de la communauté française ou international. Accepter d’être parfois inconfortable et même déstabilisé (d’où l’impératif de la première étape de mindset et sécurisation!).
De l’autre côté, vous devrez faire preuve d’humilité, ce qui n’est pas forcément dans l’ADN français. L’expatriation est une leçon de modestie. Arriver en « terrain conquis » ou avec des certitudes sur la manière dont les choses « devraient » se passer est la garantie d’un échec. L’humilité consiste à accepter de redevenir un débutant, à observer avant de juger et à admettre que votre vision du monde n’est qu’une perspective parmi d’autres.
3 Stratégies gagnantes pour votre intégration internationale
Comment transformer ce saut dans l’inconnu en une expérience fondatrice ? Voici trois leviers concrets pour muscler votre intelligence culturelle :
- Pratiquez l’observation active
Face à une situation qui vous surprend ou vous agace, ne réagissez pas à chaud. Adoptez une posture d’écoute : regardez les faits de manière objective. Posez-vous la question : « Quelle règle culturelle, que je ne connais pas encore, expliquerait ce comportement ? ». Suspendre votre jugement vous permet de remplacer l’agacement par la curiosité. Allez chercher l’information directement auprès d’une personne locale, pour éviter de présumer inadéquatement.
- Adoptez une posture de souplesse stratégique
L’objectif n’est pas de renier votre identité et votre lien à l’Occitanie, mais d’élargir votre palette de comportements. Observez comment les étudiants, vos collègues gèrent les désaccords, comment ils sollicitent une aide ou instaurent la confiance. Essayez d’adopter ces codes, même s’ils vous semblent étranges au début. Plus vous serez capables de parler la « langue culturelle » de votre pays d’accueil, plus vous gagnerez en confiance et en efficacité.
- Appuyez-vous sur la force de votre réseau dont Racines Sud
On ne réussit jamais seul à l’international. Le réseau est votre meilleur allié. Qu’il s’agisse des Alumni, un réseau sportif, des contacts de vos premières expériences professionnelles, des amis d’amis, de votre réseau Linkedin ou bien entendu de Racines Sud! N’hésitez pas à solliciter ceux qui ont fait le chemin avant vous. Ceux qui ont déjà bravé une mer agitée savent comment déchiffrer la cartographie interculturelle. Ils pourront vous donner de précieuses informations et vous aider à traduire des situations complexes. Votre appartenance à cette communauté d’Occitanie est un levier puissant : utilisez-le à bon escient. Soyez cependant conscient de ne pas faire que ‘prendre’, soyez engagé dans la dynamique. Tenez au courant les gens qui vous ont aidé, remerciez, partagez des informations locales sur Linkedin, participez à du bénévolat local. En bref, redonnez. Faites partie d’un cercle vertueux, de partage et d’entraide. Votre réseau est beaucoup plus grand que vous ne pensez et votre aide, aussi modeste soit-elle peut faire toute la différence pour quelqu’un d’autre, maintenant ou plus tard !
À vous qui partez, gardez en tête que l’agilité interculturelle que vous développez aujourd’hui est l’une des compétences les plus recherchées sur le marché du travail mondial. Elle témoigne de votre capacité à apprendre, à vous adapter et à collaborer dans la diversité. En acceptant de perdre un peu vos repères, vous allez gagner une ouverture d’esprit inestimable. Partez avec audace, restez à l’écoute et devenez un trait d’union positif.
Cécile Lazartigues-Chartier
Consultante en interculturel et ancienne responsable de Racines Sud Montréal
www.lartetlamaniere-interculturel.com
www.linkedin.com/in/cecilelazartigueschartier
« Il y a des binationaux, il y a des diasporas, il y a des gens qui viennent d’ailleurs et qui apportent leur énergie… Et puis, il y a une autre diaspora, qui est la diaspora montpelliéraine à travers la planète. Et ça, c’est une force. »
Michaël Delafosse, maire de Montpellier,
lors de la Garden Party de Racines Sud le 18 juillet 2025
à la Maison des Relations Internationales.
